Il est difficile d’y voir clair dans les contradictions des revendications citoyennes bien qu’elles soient légitimes et méritent toutes d’être entendues. Comment sortir de ce paradigme et résoudre une équation qui parait impossible ?

Machiavel nous disait qu’en politique, le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal. Les événements récents incitent plus que jamais les hommes et femmes politiques à remettre en question leurs choix et orientations. Il est toutefois difficile d’y voir clair dans les contradictions des revendications citoyennes bien qu’elles soient légitimes et méritent toutes d’être entendues.

Tantôt, le citoyen souhaite diminuer les taxes sur l’énergie, alléger la fiscalité automobile et augmenter la fiscalité des multinationales. Tantôt il souhaite réduire la consommation énergétique et l’emprunte carbone.

Et dans le même temps, nous continuons de consommer des produits au prix le plus bas, souvent importés de destinations lointaines, tout en nous insurgeant contre les délocalisations et les destructions d’emplois qui en découlent.

Partagé entre des aspirations citoyennes bien légitimes et la réalité de son pouvoir d’achat, le consommateur vit aujourd’hui dans une conception paradoxale. Et lorsqu’on ajoute à la réflexion les contraintes budgétaires imposées par l’Europe, on comprend que l’homme politique en devient presque schizophrène.

Pourtant, la souffrance de celles et ceux qui n’ont plus assez d’argent pour se nourrir et se loger est bien réelle. Comment sortir de ce paradigme et résoudre une équation qui paraît impossible?

Simplifier l’équation

a première étape pour résoudre une équation mathématique consiste à simplifier celle-ci au maximum. Je suis frappé d’entendre si peu de commentaires sur l’efficacité de notre pays en matière de dépenses publiques.

Avec 53,2% du PIB, nous sommes un des plus mauvais élèves de la zone euro, largement au-dessus de la moyenne des 47,6%. En se fixant un objectif de 50%, c’est une marge de 13,6 milliards EUR que nous pourrions dégager. Pour l’enseignement par exemple, la Belgique dépense 2% de plus que la moyenne de la zone euro, avec pourtant des résultats catastrophiques aux tests PISA. Il est indispensable de viser une meilleure efficience budgétaire.

Changer les hypothèses

Depuis la crise financière, l’Union européenne a imposé — à juste titre — des contraintes budgétaires importantes aux États membres en termes de déficit. La Belgique s’est montrée bon élève dans ce domaine ces dernières années. Mais avec 103% du PIB en dette publique, elle avait plutôt intérêt.

Il est sans doute temps aujourd’hui de revoir les données de l’équation, et de permettre aux pays européens d’effectuer une série d’investissements stratégiques en dehors du cadre budgétaire fixé. Cela permettrait également de se donner les moyens d’atteindre les objectifs d’efficience et de simplification précités.

Le choix de la méthode

J’entends de nombreuses voix s’exprimer en faveur de diminutions de TVA tous azimuts. Bien que cela puisse avoir du sens pour les produits régulés, il faut se souvenir que les diminutions de TVA n’ont que très rarement entraîné une diminution des prix à la consommation.

En Belgique et en France, la diminution de la TVA dans l’HORECA n’a pas pesé sur les prix et n’a pas bénéficié au consommateur. En Espagne, le passage de 21% à 10% de la TVA sur les tickets de cinéma est un échec total. Il a été démontré que la réactivité des prix est 3 à 4 fois supérieure lorsqu’on augmente la TVA que lorsqu’on la diminue.

D’autres pistes devraient être privilégiées avec un double objectif: tout d’abord assurer à tous l’accès aux besoins fondamentaux comme le logement, le chauffage et la nourriture. L’option d’un “chèque énergie” pourrait être envisagée afin de venir en aide aux revenus moyens.

Dans un second temps, il nous faut sortir de notre conception fiscale confiscatoire en diminuant sensiblement l’impôt sur le travail. Malgré les efforts réalisés dans le cadre du tax shift, la Belgique est toujours championne du monde de l’impôt sur le travail.

Il faut se le dire, dans cette crise complexe aux revendications contrastées, le choix du pire ou du moindre mal aura toujours ses limites.

 

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