En matière de R&D, la Belgique se situe au niveau de la moyenne de l’OCDE et fait mieux que la Suède, mais nettement moins bien que des pays comme le Japon, la Chine ou encore les États-Unis. Comment dès lors mieux exploiter nos ressources primaires pour attirer les investissements privés tout en s’assurant qu’ils généreront la croissance souhaitée ?

En octobre prochain, cela fera 5 ans que le parlement européen a validé dans son hémicycle le programme “Horizon 2020”. La recherche et l’innovation sont placées au cœur des priorités. En Belgique, les investissements en R & D s’élevaient à 2,5% du PIB en 2015, selon les dernières statistiques fiables. Dans le même temps, des pays comme Israël et la Suède atteignaient respectivement 4,3% et 3,3%.

Bien entendu, cet indicateur seul ne suffit pas. Pour atteindre la croissance, plusieurs éléments sont essentiels. D’une part, la recherche primaire est primordiale. Notre pays possède un nombre de chercheurs par millier de travailleurs supérieur à celui de tous nos pays voisins, et la part d’investissement public dans le total est de 24,1%. Bien que l’Europe recommande un rapport d’un tiers d’investissement public contre deux tiers de privé, on constate que les pays qui dépensent le plus en R & D ont souvent un pourcentage d’investissement public plus faible. Dans ces pays, ce sont les investissements privés ou provenant de l’étranger qui font la différence. Un bon niveau d’investissements réalisés par le secteur privé, souvent concentré sur la recherche appliquée, génère davantage de croissance. À cet égard, la Belgique se situe au niveau de la moyenne de l’OCDE et fait mieux que la Suède, mais nettement moins bien que des pays comme le Japon, la Chine ou encore les États-Unis. Comment dès lors mieux exploiter nos ressources primaires pour attirer les investissements privés tout en s’assurant qu’ils généreront la croissance souhaitée?

Un “University Tax Shelter”

Le régime de l’enveloppe fermée pour les universités et hautes écoles a entraîné une diminution importante de la dotation par étudiant, raison pour laquelle celles-ci sont à la recherche de nouvelles sources de financement. Vu le succès du Tax Shelter, nous pourrions réfléchir à l’étendre aux universités en octroyant une réduction fiscale pour les investissements réalisés dans le domaine de la recherche en milieu universitaire à l’image du mécanisme existant dans le secteur audiovisuel. Il faut plus que jamais encourager les partenariats public-privé dont les effets retours sont très élevés.

Payer nos chercheurs comme nos footballeurs

La phrase est provocatrice, mais révélatrice d’une société dans laquelle on ne valorise pas suffisamment nos chercheurs. Un doctorant du FNRS bénéficie d’une bourse annuelle d’environ 26.000 euros alors que la base du barème annuel indexé d’un chercheur post-doctorant est d’environ 47.000 euros. Ces montants sont bien inférieurs à ce que les grandes entreprises technologiques comme les GAFA peuvent offrir comme salaires et bonus aux meilleurs talents. La fuite des cerveaux vers le secteur privé n’est pas une nouveauté et le risque de ne plus pouvoir attirer de hauts potentiels dans le secteur public pourrait avoir des conséquences dramatiques. Nous devrions augmenter les salaires des chercheurs, quitte à en réduire le nombre. Dans la recherche fondamentale, la qualité du chercheur prime sur la quantité. Pour les autres, des partenariats public-privé doivent être encouragés.

Le pacte stratégique comme pierre angulaire

Investir 3% en R & D ne suffit pas si les infrastructures ne sont pas présentes pour absorber les nouvelles innovations et procédés. C’est là que doit intervenir le pacte d’investissement du gouvernement fédéral dont le premier volet se chiffre à 9 milliards d’euros d’ici 2020. Celui-ci comprend notamment le projet Myrrha ou encore la finalisation du RER. Sans une modernisation de nos infrastructures dans les domaines de la santé, la numérisation, la transition énergétique ou encore la mobilité, les investissements en R & D ne pourront générer la croissance espérée.

L’Europe est en retard dans de nombreux domaines. C’est le cas par exemple des supercalculateurs où les Européens sous-investissent des centaines de millions par rapport aux Etats-Unis et à la Chine. Nous devons par conséquent plaider pour un “R & D deal” afin de donner à la Belgique et l’Europe un nouvel élan de compétitivité dans les secteurs clés de la révolution numérique avant de se faire définitivement dépasser.

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